Loin des parapluies, la lutte autour du suffrage universel continue

La révolution des parapluies est bel et bien terminée, et les étudiants hongkongais ont fini par plier leurs tentes pour rejoindre leurs halls étudiants. On en avait presque oublié que la question démocratique à Hong Kong n’avait pas été tout à fait réglée. La vie hongkongaise avait repris son cours, les taxis circulant à nouveau normalement sur Connaught Road et Causeway Bay retrouvant son grouillement habituel. Pour autant, les débats autour de l’élection au suffrage universel du chef du gouvernement hongkongais se poursuivent, le tout à l’abri des médias internationaux, qui en l’absence de manifestations monstres ou de gaz lacrymogènes prêtent peu attention à la problématique.

Pour être tout à fait franc, mon enthousiasme pour la démocratie à Hong Kong s’est aussi dissipé avec la baisse de l’attention internationale. Si cet article a lieu d’être, c’est avant tout grâce à une affiche du métro hongkongais à proximité de HKU (Hong Kong University), avec ce slogan aussi catchy que prometteur, « Make it happen ! ». J’ai eu comme l’impression de retrouver un vieil ami perdu de vue depuis un bout de temps, avec cette question qui s’impose : mais qu’est ce que tu deviens ? (Je vous rassure, l’humour n’est pas censé être la qualité première de l’article.) Je vous propose donc un petit bilan sur la situation à Hong Kong, cinq mois après les « évènements », le tout basé sur les derniers articles du South China Morning Post (que vous trouverez en lien en bas de la page).

Affiche gouvernementale promouvant la réforme proposée par Pékin
Affiche gouvernementale promouvant la réforme encadrée par Pékin

Affiches gouvernementales promouvant la réforme encadrée par Pékin

La question du suffrage universel ressurgit en ce moment à Hong Kong suite à la publication d’un projet de loi gouvernemental concernant la prochaine élection du chef du gouvernement au suffrage universel. Pour être acceptée, cette réforme doit être votée par les 2/3 du conseil législatif hongkongais, sorte « d’Assemblée nationale » locale, partiellement démocratique. Le problème, c’est avant tout que ce projet se calque sur la proposition du Comité Permanent de l’Assemblée nationale populaire chinoise, grand méchant loup pour une grande partie de la jeunesse hongkongaise puisque représentant de l’autorité de la Chine Populaire sur Hong Kong. Le moins que l’on puisse dire c’est que le projet en question reste largement conservateur. Pour se présenter devant les Hongkongais, les candidats à l’élection devront recevoir l’appui de 600 des 1200 membres d’un comité électoral représentant les grandes corporations hongkongaises. Elu au sein des représentations professionnelles, ce comité donne une influence prépondérante aux secteurs pro-establishment, qui voient d’un mauvais œil l’arrivée de la démocratie sur place, préférant une stabilité plus avantageuse à leurs intérêts économiques. Au final, deux à trois candidats seulement pourront être nominés.

La nouvelle a réactivé le clivage politique entre démocrates et pro-chinois, les premiers dénonçant un semblant de suffrage universel. Le gouvernement cherche donc à s’attirer le soutien de la population via des campagnes de sensibilisation. L’idée est de forcer les 27 « députés » pan-démocrates à voter la proposition de réforme sous la pression populaire, puisque 4 voix manquent à son adoption. Pour autant, un récent sondage réalisé par trois universités hongkongaises (HKU, CUHK, PolyU) montre qu’un tiers des Hongkongais sont opposés à cette réforme politique. Les deux camps cherchent à mobiliser leurs forces à travers diverses actions publiques. Vous pourrez probablement observer des bus de promotion déambuler dans les rues de la ville.

En cas d’échec à faire voter la réforme, CY Leung, actuel chef de l’exécutif, aurait la possibilité de dissoudre le conseil législatif, déclenchant ainsi des élections anticipées. Cela serait une première depuis la rétrocession de 1997. Quand bien même, en l’absence de consensus, il est aussi probable que le gouvernement reporte l’introduction du suffrage universel à 2022. Il n’est donc pas sûr qu’une opposition frontale des parties pro-démocrates aille forcément dans l’’intérêt de la démocratie à Hong Kong.

Sources :

South China Morning Post, Hong Kong governement sticks to rigid Beijing framework in 2017 election proposal, disponible via : http://www.scmp.com/news/hong-kong/politics/article/1773142/d-day-hong-kong-government-unveils-final-package-political

South China Morning Post, Support for Hong Kong political reform plan at 47 pc, says poll, disponible via http://www.scmp.com/news/hong-kong/politics/article/1779717/support-hong-kong-political-reform-plan-47pc-says-poll

South China Morning Post, Support level for Hong Kong’s 2017 election package changes little despite government promotion efforts, disponible via http://www.scmp.com/news/hong-kong/politics/article/1787058/support-level-hong-kongs-2017-election-package-changes

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Seulement un commencement ?

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« Lorsque le mouvement Occupy Central with Love and Peace sera éventuellement dissolu -par la force ou par choix- et que ses leaders tiendront leur promesse de se laisser arrêter, une génération entière de citoyens pro-démocratie sera née: jeune et dynamique, déterminée et persistante. C’est une force à laquelle les ploutocrates de Pékin et leurs émissaires à Hong Kong auront du mal à s’habituer. Les affaires politiques ne reprendront pas comme avant ». #OccupyCentral #OccupyGeneration.

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La particularité des protestants hongkongais?

(et pour un rapide reportage: ici -Le Petit Journal- )

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« Hong Kong a les manifestants les plus polis du monde. C’est pourquoi ils sont si dangereux. » Slate.com

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« Les manifestants hong kongais sont tellement incroyablement gentils » CNN.com

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« Où pouvez vous trouver un ville avec plus de 50 000 manifestants mais aucun magasin endommagés et pas une seule voiture en feu? » FIER DES HONGKONGAIS

Candice Altmayer

Du soutien des universités aux manifestants.

Alors que nombreux sont les hongkongais qui critiquent le maintien d’Occupy Central qui perturbe leur quotidien, il peut sembler que les étudiants sont seuls contre tous dans leur volonté de continuer le « mouvement des parapluies ». Mais ils ont le milieu universitaire derrière eux.

            Tout a commencé avec une université. C’est sur le campus de la Chinese University of Hong Kong que les étudiants opposés à la politique de Pékin concernant la mise en place d’une démocratie à Hong Kong se sont réunis pour la première fois. Durant cette période de boycott des cours, des professeurs d’université ont accepté de tenir des public lectures au milieu des manifestants. Des sujets tels que la démocratie et la liberté ont été couverts. Un moyen d’apporter leur soutien au mouvement.

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Le campus de la Chinese University of Hong Kong au début du boycott. BBC

Les signes de la forte implication des professeurs dans les actions de désobéissance civiles ne manquent pas. Beaucoup abordent ou ont abordé le ruban jaune, symbole des protestants. Beaucoup acceptent de modifier le plan de leur cours afin de parler de l’actualité. Mais cela va plus loin. La semaine dernière, à The University of Hong Kong où je suis étudiante, un professeur a reporté le midterm (examen de mi-semestre) « par respect pour les manifestants ». Un autre a mis au point un système d’enregistrement de ses cours afin que les participants au boycott ne soient pas pénalisés.

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Le mail d’un professeur annulant un midterm.

L’université apporte toute l’aide qu’elle peut aux étudiants manifestants. Ainsi, les slogans placardés partout et les banderoles accrochées aux quatre coins du campus ne sont pas retirés. Même lorsqu’ils ne sont pas placés sur des endroits réservés aux annonces. Quand on connaît l’attachement des hongkongais aux règles, c’est assez exceptionnel pour être remarqué. Des panneaux blancs ont même été accrochés, sur lesquels il est possible d’écrire des messages de soutien à la Umbrella Revolution. Toutes les télévisions parsemant le campus sont à moitié occupés par un bandereau jaune Umbrella Movement, sujet de toutes les émissions de la Campus TV.

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La « Campus TV » portant les couleurs du Umbrella Movement.10690164_10204771193698018_150605051110711245_n

Mais l’action la plus importante de l’université en faveur des protestants est sûrement le prêt d’un endroit sur le campus. Ainsi la salle commune du rez-de-chaussée de la partie du campus où j’étudie est utilisée pour stocker eau, nourriture et lunettes protégeant des gaz lacrymogènes en attendant de les distribuer aux étudiants occupant le quartier de Central.

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La zone offerte par l’université aux manifestants pour y stocker eau et nourriture.IMG_0692 

Candice Altmayer

« J’ai ma place, mon rôle parmi les Parapluies Jaunes ».

Where are you from? Do you need a bottle of water? Thank you for being here!, tels sont les mots cent fois répétés entre Admiralty et Causeway Bay, lorsqu’on chemine à travers les groupes de manifestants.

Les étudiants sont là par milliers, assis en groupe sur des feuilles de carton, des papiers posés sur le sol, conscients qu’ils sont là pour la journée ou la nuit, parfois plusieurs d’affilée. On admire le courage de ces élèves qui alternent entre leurs cours, leurs familles et les convictions qu’ils proclament, affichent dans la rue dans toutes les langues qu’ils connaissent, mais à leur place on s’interroge: parmi le nombre, est-ce qu’un étudiant va faire la différence? Pourquoi celui-ci dont les yeux emplis de sommeil et le dos cassé par les nuits passées sur le béton trahissent une évidente fatigue, pourquoi ne rentre-t’il pas chez lui?

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Assis à Wanchai, les étudiants s’organisent en groupes

A ces questions, il vous répondra d’un sourire et d’un sincère « J’ai ma place ici ». Je m’approche. Lui et ses amis sont là depuis 2 jours, à se relayer. Il a son portable, de la musique, un bon nombre de mini batteries portatives et quelques biscuits. Son amie, elle, rédige la dissertation qu’elle doit rendre la semaine prochaine en plein milieu de la rue, tandis que d’autres lisent, jouent, dorment.

En avançant le long de ce qui sert habituellement de périphérique local, on ne peut que constater avec surprise la propreté de ces lieux pourtant occupés par des milliers de personnes. Pas de déchets. Pas de nourriture. Pas même d’odeur. Les étudiants rangent et nettoient chacun leur espace après leur passage, comme si liberté rimait pour eux avec tenue et respect.

En avançant toujours, je comprends la phrase du jeune Hong Kongais: chacun a sa place ici. A un carrefour, trois étudiants affichent chacun une flèche et un sourire, indiquant la suite des manifestations. En revenant 1 heure plus tard sur mes pas, ils sont toujours là, la même pancarte et la même expression motivée sur leur visage, sachant que par ce simple geste ils contribuent ne serait-ce qu’un peu à cette liberté désirée et à un meilleur avenir politique pour la ville.

Plus loin, un groupe d’étudiants a collecté un nombre important de petites batteries portatives (une vraie nécessité dans ce Hong Kong moderne) et plusieurs rallonges, montant avec fierté cette petite oasis électrique que leurs panneaux appellent « Instant Phone charger ».

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Messages internationaux sur le symbolique parapluie jaune de Causeway Bay

Impossible pourtant de traverser les différentes rues sans se faire accoster par les étudiants en charge des différents stands de ravitaillement, ravis de vous offrir une bouteille d’eau ou des barres protéinées, ou encore de ne pas se faire réquisitionner en temps que « Foreign support » pour écrire Liberté et ses synonymes sur des affiches dans votre langue natale. Mon modeste écriteau, très français et très peu peu inspiré « Vive la Liberté, vive Hong Kong » a désormais sa place parmi des mots espagnols, coréens, ou encore allemands.

Un stand de ravitaillement Un Centre de Ravitaillement près de la station Admiralty

Je dépasse de nouveaux stands de ravitaillement, je me fraie un passage entre les souriants distributeurs de provisions, entre les plateaux de petits nœuds jaunes, les cartons de bouteilles d’eau et ces parapluies entassés, fiers symboles de l’ Umbrella Revolution. Devant moi, un étudiant ramasse un sac poubelle et entreprend de passer entre les groupes pour recueillir les détritus de ses camarades, car il sait l’importance cruciale de cette tâche aussi ingrate que respectueuse. Lui aussi a son rôle, sa « place ici ».

L’instant d’après, une toute jeune fille (en uniforme traditionnel de lycée féminin) crie des instructions en cantonnais. M’apercevant, elle me sourie et me demande de m’écarter. Nous laissons alors un espace au milieu de la rue, une haie d’honneur comme je le comprends très vite pour les scooters et les chariots qui transportent les ravitaillements, ceux-ci bien entendus acclamés en héros par les autres étudiants. En fin du cortège, le dernier scooter est en panne, péniblement poussé par un étudiant déjà épuisé par l’intenable moiteur ambiante (pour cela, il faut s’imaginer la chaleur humide de Hong Kong, à laquelle on ajoute une semaine particulièrement chaude et sans brise, et des rues où séjournent des milliers de personnes agglutinés les uns contre les autres pour comprendre les conditions extrêmes des manifestations), mais, aussitôt, 3 étudiants s’échappent de la haie d’honneur et se relaient pour pousser avec lui le pénible mais convoité fardeau.

Reprenant mon chemin à la suite du cortège, j’aperçois à nouveau mon ami croisé au départ de Causeway Bay. Me souriant, il me montre avec fierté sa contribution pour Hong Kong, il coupe, noue et accroche des rubans jaunes, symbole de la Révolution des Parapluies: il a, comme chacun – et quel que soit le résultat de cette Révolution – « sa place ici ».

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Les rubans jaunes, symbole de la Révolution des Parapluies

Hong Kong, l’origine : comprendre les débats autour de l’élection du chef de l’exécutif Hongkongais

Ce que disent les textes

La déclaration sino-britannique de 1984

Signée en Mai 1984 dans les négociations préalables à la rétrocession de Hong Kong, la déclaration Sino-Britannique a servi de base à la mise en place du slogan « un pays, deux systèmes » actuellement en vigueur à Hong Kong.

Ce que dit le texte est encore vague à cette date, « the chief executive will be appointed by the Central’s People Government on the basis of the results of elections or consultations to be held locally ». Rien n’est encore sûr quant au mode de sélection du chef de l’exécutif. Si la tenue d’un scrutin est visiblement actée, les conditions de sa réalisation sont reportées à d’ultérieurs pourparlers.

Et pourtant, quatre mois plus tôt, le premier ministre Zhao Ziyang, dans une réponse à une lettre qui lui était adressée par des étudiants hongkongais, avait semble-t-il promis la démocratie à la zone administrative spéciale de Hong Kong une fois rentrée dans le giron chinois. Mais entre-temps, l’homme a été déchu de ses fonctions et placé en résidence surveillée pour sa gestion jugée trop laxiste des manifestations étudiantes de Tienanmen en Mai – Juin 1989. Il ne prendra pas part à la rétrocession de 1997.

La Basic Law (1997)

La Basic Law, entrée en vigueur en 1997, fait office de mini-constitution du territoire Hongkongais. Elle régit de fait les relations entre la Chine Populaire et Hong Kong. Là aussi, les conditions d’élection du Chief Executive restent obscures. « The ultimate aim is the selection of the Chief Exective by universal suffrage upon nomination by a broadly representative nominating committee in accordance with democratic procedures ».

L’utilisation du terme « ultimate aim » laissait présager que l’instauration du suffrage universel (SU) prendrait du temps. C’est pourquoi ni les élections de 2002, 2007 et 2012 n’ont eu lieu selon la règle du « one man, one vote ». Le chef de l’exécutif Hongkongais est alors élu par un comité de 800 membres (1200 après 2012), composé du conseil législatif et de représentants des corporations professionnelles, majoritairement acquises à la cause de Pékin.

Ce n’est qu’en décembre 2007 que le Comité permanent de l’Assemblée Nationale Populaire chinoise admet que l’élection du chef de l’exécutif soit réalisée au suffrage universel, « the election of the fifth Chief Executive of the Hong Kong Special Administrative Region in the year 2017 may be implemented by the method of universal suffrage ». Encore une fois, l’utilisation du conditionnel « may » laisser peser le doute sur la mise en place d’un réel système démocratique.

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Réunion d’information préalable à la grève étudiante dans l’une des résidences de l’Université de Hong Kong.

Par ailleurs, un point de détail fait encore débat entre les pro- et anti-manifestations. « The method for selecting the Chief Executive shall be specified […] in accordance with the principle of gradual and orderly progress ». Les partisans de la Chine populaire, portés par la voix de Regina Ip (leader du New People’s Party) revendiquent cette idée de développement progressif pour limiter au maximum l’allure des réformes.

L’élément déclencheur du mouvement : le plan-cadre du 31 Août 2014

A l’origine de la grève étudiante et du mouvement de désobéissance civil lancé par Occupy Central se trouve la décision du Comité permanent de l’Assemblée Nationale Populaire, qui publie un plan-cadre pour l’élection 2017 fin août 2014.

Ce plan soulève rapidement la colère des partisans pro-démocratie. Le comité de sélection des candidats à l’élection de 2017 est ainsi calqué sur celui de 2012. Il reste donc largement peu représentatif de la population Hongkongaise. Seuls deux ou trois candidats pourront être désignés, avec l’appui pour chacun de la moitié des membres du comité, contre un huitième auparavant. Sur cette base, la grève étudiante est lancée le 22 Septembre à l’Université Chinoise de Hong Kong.

Les étudiants ont quatre revendications principales :

  • la démission du gouvernement de CY Leung
  • le retrait du plan politique adopté par Pékin
  • la mise en place d’un comité de sélection élu démocratiquement
  • les excuses formelles du gouvernement central chinois (demande plus symbolique que réaliste)
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Etudiants massés sur le campus de l’Université Chinoise de Hong Kong, au premier jour de la grève étudiante.

La suite est connue. S’appuyant sur le succès populaire que les manifestations étudiantes suscitent, le mouvement Occupy Central déclenche un mouvement de désobéissance civile dans la nuit de Samedi à Dimanche. Les demandes du groupe sont similaires à ceux de la fédération étudiante (i.e : démission du gouvernement, remodelage du plan politique de Pékin) mais les deux mouvances sont bien distinctes.

Le mouvement est toujours en cours ce Vendredi 3 Octobre. Alors que des discussions devaient s’ouvrir entre la fédération des étudiants hongkongais et le secrétaire général du gouvernement, une attaque de manifestants par ce qui semble être des triades a mis fin à tout possibilité de négociations. L’événement semble néanmoins raviver les manifestations et les Hongkongais redescendent dans la rue à cette heure.

Les protestations, une introduction.

Par Candice Altmayer

Lundi 29 septembre – The University of Hong Kong – 14h30. J’arrive tout juste à l’heure en classe. Nous ne sommes que deux, une américaine et moi. Tous les étudiants locaux ont décidé de boycotter cette semaine de cours. Nous passerons l’heure à discuter de la situation actuelle avec le professeur.

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Sur le campus de The University of Hong Kong, des photos et des slogans.

Dans le dédale de couloirs menant à l’amphithéâtre suivant, des feuilles d’imprimantes blanches sont collées partout sur les murs. Dessus, en noir, des caractères chinois. J’en reconnais certain : « Non », « Central », « Chine ». Il ne fait aucun doute que ce sont des slogans appelant à rejoindre les manifestations. Les postes de TV du campus passent en boucle des discours de militants. On trouve aussi des photos du mouvement Occupy Central With Love and Peace ainsi que des posters « Justice vs. Attendance ». Le cours suivant commence: « Does anyone have questions about what’s happening right now ? ». Je lève la main, puis un autre étudiant fait de même, et un débat s’engage.

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Enfin, lors du dernier cours de la journée, la professeure ne touche pas mot des événements récents. Mais en haut à gauche de sa robe est accroché un ruban jaune, le symbole des manifestants.

Cette ambiance particulière à l’université n’a fait que s’amplifier depuis la semaine dernière, début officiel du boycott des cours. Je ne comprends pas les discours diffusés par la télévision étudiante, je ne comprends pas les slogans affichés sur les murs, mais je sais que quelque chose se passe. Quelque chose d’important pour l’histoire de Hong Kong. Mais quoi exactement ? Que revendiquent ces manifestants ? Quels ont été les éléments déclencheurs de la situation ? Cet article a pour objectif de répondre à ces questions de manière objective et de produire une information honnête, sans prendre position ni exagérer sur l’ampleur des manifestations comme le font certains médias occidentaux.

Afin de clarifier la situation, revenons un peu en arrière. Hong Kong, colonie britannique depuis le XIXe siècle, fut rétrocédé à la Chine en 1997 selon les termes d’un traité conclut entre le Royaume-Uni et la République populaire en 1984. L’accord stipulait qu’il serait laissé à Hong Kong un degré d’autonomie élevé, presque complet exception faite des affaires étrangères et de la défense, pendant 50 ans. Ce principe de gouvernement est intitulé « Un pays, Deux systèmes ». Précisons que, si Hong Kong n’était pas gouverné de manière démocratique sous l’autorité britannique –un gouverneur était nommé par Londres-, la société hongkongaise jouissait tout de même des avantages inhérents à une société libre, parmi lesquels la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté d’expression et la prévalence de la loi. A cela s’ajoutait un grand libéralisme économique, bien loin du communisme revendiqué par la Chine et clé du succès de Hong Kong comme première place financière d’Asie. Ce que l’accord de rétrocession garantissait donc, c’était le maintien des libertés politiques et économiques hongkongaises qui n’étaient pas forcément en vigueur en Chine continentale.

Vu sur le campus.

Vu sur le campus.

Après la rétrocession, Hong Kong obtint une sorte de mini-Constitution intitulée la Basic Law. Elle régule le système de gouvernement en vigueur à Hong Kong. Actuellement, un Chief Executive est à la tête du gouvernement de Hong Kong, il nomme les secrétaires d’Etat et est responsable des relations avec la République populaire de Chine. Le chef de l’exécutif est élu par le comité électif de Hong Kong, composé de 1200 membres, puis officiellement investi par le gouvernement chinois. Les membres du comité électif sont quant à eux élus par les résidents de Hong Kong, mais le droit de vote n’est pas universel. Une ou plusieurs voix sont accordées aux membres des 28 catégories socio-professionnelles définies dans la Basic Law, chaque catégorie vote pour ses représentants au comité électif. Pour faire simple, un docteur ou un avocat pourra avoir 2 voix, une femme de ménage ou un chômeur n’en aura aucune. En plus d’être contesté pour son manque de démocratie, le comité électif est souvent accusé de comporter une immense majorité de politiques pro-Pékin. Mais dès 1997, il était spécifié par la Basic Law que « l’objectif ultime est la sélection du chef de l’exécutif par suffrage universel » avec des candidats « par un comité de nomination représentatif en accord avec les principes démocratiques ». La Chine a annoncé en 2007 que le suffrage universel, c’est à dire une voix donnée à tous, serait mis en place en 2017 pour élire le chef de l’exécutif puis le conseil législatif. Voilà donc la situation avant le début du mouvement de contestation. Ce qui a déclenché celui-ci est l’annonce du gouvernement chinois l’été dernier selon laquelle les candidats en lice pour devenir chef de l’exécutif devront être « patriotes » et « aimer la Chine ». Des critères arbitraires qui permettront à Pékin de disqualifier les candidats qui ne lui plaisent pas. Le gouvernement chinois accepte donc le principe du suffrage universel, mais seulement si il approuve les candidats. En outre, en réponse aux accusations d’ingérence de la Chine dans les affaires de Hong Kong, le gouvernement chinois a déclaré que la Basic Law hongkongaise pouvait être amendée par les autorités de la République populaire comme elles le veulent. Perçues comme un reniement des promesses de 1997, ces déclarations sont les raisons de la création du mouvement Occupy Central with love and peace. En juin dernier, ce mouvement a organisé un référendum non officiel auquel 700 000 hongkongais ont participé, afin de prouver la volonté des hongkongais d’obtenir un mode démocratique de nomination des candidats.

La contestation a ensuite pris de l’ampleur. Des mouvements étudiants ont appelé au boycott des cours à partir du 22 septembre, se réunissant de façon pacifique sur le campus de la Chinese University of Hong Kong. Des professeurs et militants ont tenu des cours publics sur les lieux de réunion, traitant des sujets tels la liberté, la démocratie ou l’histoire de Hong Kong. Mais le véritable tournant a eu lieu dimanche dernier, le 28 septembre 2014. Alors que tout s’était jusqu’alors déroulé dans le respect qui caractérise l’action des hongkongais, des accrochages ont eu lieu, entrainant l’utilisation par les forces de l’ordre de gaz lacrymogènes. Pour un français habitué à des manifestations fréquentes, avec souvent des débordements violents et des réactions policières, tout cela peut sembler normal. Mais à Hong Kong, les gaz lacrymogènes n’avaient pas été utilisés depuis près de 10 ans –dernière utilisation en 2005-, cela a donc particulièrement ému l’opinion publique. De nombreuses personnes n’ayant jusque là pas participé au mouvement se sont publiquement opposées à une telle réponse de la part du gouvernement, et des critiques quant à l’inaction de celui-ci face aux manifestations et au boycott se sont élevées.   Ainsi, depuis lundi le nombre de personne occupant le quartier d’affaire de Central est devenu incalculable, il est impressionnant de voir ces rues occupées à perte de vue et le nombre de participants ne fait qu’augmenter. Cependant, les revendications de ces milliers de personnes ont aussi perdu en clarté. La contestation mélange maintenant les militants pro-démocratie, les opposants au gouvernement actuel et des habitants sans convictions politiques mais effrayés du pouvoir que la Chine revendique de plus en plus sur Hong Kong.

Hong Kong n’est cependant pas un Etat, l’autonomie n’est d’ailleurs pas revendiquée, et en 2047 la ville sera complètement chinoise. Il semble évident que la marge de manœuvre du mouvement est faible. Les manifestants, pour l’écrasante majorité pacifiques, sont plus souvent là pour manifester leur solidarité et leur méfiance vis-à-vis de Pékin que pour entrainer un changement radical dans les jours qui viennent. Ce qu’ils veulent surtout, c’est voir leurs libertés garanties et non limitées par le gouvernement de la République populaire de Chine. Beaucoup ont peur que la volonté de Pékin de choisir les candidats au poste de Chief Executive soit le signe d’un contrôle progressivement renforcé du gouvernement chinois sur la ville qui pourrait porter atteinte à leurs droits. D’autres souhaitent simplement que le gouvernement actuel apporte une réponse claire au mouvement.

Central occupé mardi soir.

Central occupé mardi soir.

Les manifestations en cours à Hong Kong sont donc, certes, des actions sans précédent de désobéissance civile, mais ne sont pour l’instant pas le signe d’une révolution en marche. A Hong Kong la vie continue, les perturbations sont marginales, ni les transports ni les magasins ne sont fermés (et je suis consciente d’exposer ici une vision différente de celle de Pierre dans l’article précédent), les cours ont toujours lieu et aucun sentiment d’insécurité ne règne. Simplement, le soir, une grande partie des habitants de la ville se rendent à Central et s’assoient, chantent, discourent. Ils ont des raisons différentes, certains veulent une « vraie » démocratie, d’autres aimeraient la démission du chef de l’exécutif, d’autres encore signalent simplement leur opposition à l’utilisation des gaz lacrymogènes, certains enfin ont peur de la Chine et s’interrogent sur ce qu’il adviendra de la ville en 2047. Un seul point commun : la crainte de tous ces hongkongais quant à l’avenir de leurs libertés.

Hong Kong, le jour d’après

Par Pierre Delbosc

Ce mardi 30 Septembre, Hong Kong tourne toujours au ralenti après les évènements du week-end dernier. Alors que de nombreux magasins ont fermé, les transports publics étaient encore largement perturbés. A l’Université de Hong Kong (HKU), les amphithéâtres sont pour le moins clairsemés. Tout est d’ailleurs mis en œuvre pour que les étudiants puissent assister à l’événement. Les cours magistraux sont enregistrés et des séances de rattrapages prévues pour les absents.

Barricades bloquant la circulation des rues de Hong Kong.

Barricades bloquant la circulation des rues de Hong Kong.

Pendant ce temps, plusieurs rassemblements ont lieu de manière simultanée dans la ville, en prévision du grand rassemblement attendu ce Mercredi 1er Octobre à l’occasion de la fête nationale du régime communiste chinois. Sur Harcourt Road, des centaines d’étudiants attendent patiemment, déjeunant leurs plats de noodles à proximité des stocks de provisions apportés par les volontaires.

Poursuite du seating à proximité des bureaux du gouvernement.

Poursuite du seating à proximité des bureaux du gouvernement.

Il faut dire que les autorités ont largement changé d’attitude à l’égard des manifestants, résolues d’accepter un mouvement qu’elles ne pouvaient dissoudre. Les troupes anti-émeutes déployées Dimanche ont été retirées, et ce mardi seuls quelques policiers assistaient à la scène. Cheung-ying Leung, chef de l’exécutif Hongkongais, reconnaissait cet après-midi que les manifestations étaient faites pour durer. Le gouvernement fait le dos rond en attendant un hypothétique épuisement des rassemblements, tout en soulignant les conséquences économiques et quotidiennes de la grève pour les Hongkongais. De son côté, Occupy Central demande toujours la démission du gouvernement et le retrait du plan politique adopté par Pékin pour les élections de 2017. Ces conditions sont inacceptables pour un parti communiste qui a dissuadé Lundi la communauté internationale d’une quelconque interférence dans les affaires intérieures de Hong Kong.

Policiers surveillant au loin le rassemblement.

Policiers surveillant au loin le rassemblement.

Manifestant anti-communiste s’adressant à la foule. Sur les drapeaux « Down with the chinese governement ».

Manifestant anti-communiste s’adressant à la foule. Sur les drapeaux « Down with the chinese governement ».

Les revendications hongkongaises ne seront donc vraisemblablement pas entendues par le gouvernement. Quant aux manifestants, ils sont déterminés à prolonger leur action. Il est pourtant déjà nécessaire de penser au jour d’après selon M. Alejandro T. Reyes, ancien journaliste et professeur à HKU. Une solution pourrait aboutir autour des conditions de nomination du comité de sélection des candidats au poste de Chief Executive. Mais comment le mouvement pourrait-il renoncer à des aspirations démocratiques qui sont l’essence même de sa mobilisation ? Comment la Chine Populaire pourrait-elle accepter l’existence d’un régime démocratique sur un territoire qu’elle cherche à contrôler depuis la rétrocession britannique ? Un étudiant pékinois me racontait hier que ses parents avaient été mis en garde contre une quelconque participation de sa part aux manifestations. Pékin redoute la propagation du mouvement. Difficile d’y voir une sortie d’impasse.

« Do U Hear The People Sing »

Par Jonathan Fender

Résumé de la soirée du 29 septembre
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(Crédit: Chris Yates)

La police sur le retrait:

Les manifestations du dimanche 28 septembre se sont très vite transformées en théâtre de confrontation entre la police et les manifestants. L’utilisation de gaz lacrymogène a été massive (87 tirs au total) et abusive mais la violence utilisée ce dimanche n’a pas eu l’effet escompté. Les manifestants ne se dispersaient lors des tirs de gaz lacrymogène que pour revenir 5 minutes plus tard en plus grand nombre. Et lors des manifestations de ce lundi 29 septembre, de nombreux participants se sont ralliés à la cause pour protester contre les actions de la police la veille. La place de Tamar Square devant les bâtiments du gouvernement Hong Kongais était bondée ainsi que plusieurs autre centre névralgique de la ville. Heureusement, le mouvement de ce lundi s’est passé dans le plus grand calme et aucun affrontement n’a eu lieu avec les forces de l’ordre sur place (en nombre très limité comparé à la veille).

Une manifestation exemplaire:

Ce lundi, nous avons pu assister à une manifestation exemplaire à la fois solidaire et responsable. Un des mots d’ordre de la soirée était de ne surtout pas provoquer la police, ceci a été respecté à la lettre par les dizaines de milliers de participants et on a même pu voir des dialogues pacifique entre les officiers de police et les manifestants. De plus, aucune scène de vandalisme n’a été observée. Chacun a fait son maximum pour que la manifestation se passe dans les meilleures conditions: un grand nombre de personne ont apporté de l’eau et de la nourriture pour les manifestants qui n’ont pas quittés la place de la journée, des centre de premier soins ont été improvisés par les étudiants de médecine, des masques, des lunettes et des parapluies étaient distribués pour se préparer à une éventuelle action de la police et enfin le lendemain matin, les rues ont été nettoyé par les participants respectant même les règles du recyclage. The Independant qualifie même les participants de « manifestants les plus polis du monde ».

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(Centre de premier soins improvisé; Crédit: Chris Yates)

Une bataille qui se joue aussi sur les réseaux sociaux:

Comme pour toutes les grandes manifestations pro-démocratie de ces dernières années, les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans l’organisation et la communication entre les manifestants. Cependant hier soir, les réseaux sociaux ont eu un rôle pervers sur le mouvement. De nombreuses fausses rumeurs ont été diffusés sur Twitter et Facebook. L’objectif principale de ces rumeurs était de créer la panique et générer la peur pour réduire le nombre de manifestants. Les sites diffusant les informations en live sur les réseaux sociaux ont eu beaucoup de mal a différencier ces rumeurs de la réalité. Voici des exemples de rumeurs lancées « informant » d’une confrontation entre la police et les triades.

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L’objectif du 1er Octobre:

Le 1er Octobre, la Chine fêtera le 65ème anniversaire de la création de la République Populaire de Chine. L’objectif pour les manifestants est d’occuper les lieux jusqu’à cette date et que la participation soit la plus grande ce jour la. Malheureusement il semble que le gouvernement ne soit pas près à laisser les manifestations ternir la fête nationale. En effet dans la nuit de lundi a mardi, un renfort important de policiers est arrivé au siège de gouvernement ce qui n’annonce rien de bon pour la suite des manifestations malgré l’espoir généré par la manifestation massive et exemplaire de ce lundi.

Jonathan

A Hong Kong, ne pas céder à l’escalade de la violence

Surfant sur l’agitation créée par les rassemblements étudiants du Vendredi 26 Septembre, les fondateurs du mouvement Occupy Central ont lancé dans la nuit de Samedi une période de désobéissance civile à Hong Kong.

Plus de 30 000 manifestants occupaient Harcourt Road dimanche soir.

Plus de 30 000 manifestants occupaient Harcourt Road dimanche soir.

Ce dimanche, plus de 30 000 hongkongais ont rejoint une manifestation donnant lieu à de sérieuses confrontations avec la police. Déterminées à disperser les manifestants, les forces de l’ordre ont utilisé à plusieurs reprises des gaz fumigènes, suscitant la colère de la foule qui scandait toujours « Shame on you » (可恥) aux unités de police présentes. L’ampleur de la manifestation s’accroit alors que la nouvelle des répressions policières se répand dans la ville. Si le public était majoritairement constitué d’étudiants Vendredi soir, de nombreux hongkongais ont rejoint les protestations.

De nouvelles unités anti-émeutes sont déployées par le gouvernement.

De nouvelles unités anti-émeutes sont déployées par le gouvernement.

Les manifestants se dispersent devant les gaz fumigènes.

Les manifestants se dispersent devant les gaz fumigènes.

La tension est palpable à l’approche d’un National Day (1er Octobre) qui devrait donner lieu à de gigantesques rassemblements publics, une majorité de la population refusant de célébrer la fondation de la République Populaire de Chine par Mao Zedong. « Je dois retourner travailler demain matin (Lundi), mais je vais essayer de revenir ici autant que possible en attendant Mercredi », confiait Kelvin, la trentaine.

Manifestant haranguant les forces de police, "Students are innocent" (學生無罪).

Manifestant haranguant les forces de police, « Students are innocent » (學生無罪).

Les autorités publiques sont pourtant restées muettes face aux mouvements. Le gouvernement paraît déterminer à engager un bras de fer avec les manifestants, dans l’espoir que les affrontements décrédibiliseraient la cause pro-démocratique. Afin d’éviter toute victime, les organisateurs du rassemblement ont appelé vers 23 heures à la dispersion de la manifestation. Le cardinal Zen priait ainsi la foule de renter chez soi, « il est clair qu’aucune dialogue ne pourra avoir lieu avec ce régime après les évènements d’aujourd’hui. […] Mais une victoire qui sacrifie des vies n’est pas  une victoire ».